Lettre à Phirun #2

Cher Phirun,
Voilà déjà plusieurs mois que nous n’avons pas échangé. Depuis le mois d’août, notre projet a bien progressé. Nous avons mesuré toute l’étendue du projet que nous avons entrepris.
Pour tout te dire, ce week-end, nous sommes en mer avec 18 autres bateaux qui vont courir comme nous, contre nous, la Cap Martinique en mai prochain. Mais ce week-end, c’est ensemble que nous nous entraînons et partageons nos expériences. Et bien : c’est le choc, une grande claque, même.

Nous sommes passés avec Éric d’une incompétence inconsciente… à la conscience de notre incompétence. Nous avons été largués tout le week-end, incapable de discerner comment progresser face à cet océan de sujets sur lesquels nous ne sommes pas au niveau. C’est une course amateur, mais il y a amateurs et amateurs. Et nous, nous sommes vraiment des amateurs !Ce n’est pas à toi que je vais apprendre comment vivre face aux difficultés. J’ai l’impression d’être face à un gouffre ce soir, ne sachant pas par où commencer…
Je voulais te dire, Phirun, ce soir, c’est toi qui me motive à poursuivre, ton exemple à 10.000 km de notre bateau m’inspire. Alors merci.
Ton parrain, Sébastien

Lettre à Phirun #1

Cher Phirun,
Le gars que tu vois là, c’est Éric d’Aboville, un ami de 30 ans.
Sa famille est connue car l’un d’eux a traversé l’Atlantique puis le Pacifique à la rame. C’est avec lui que j’ai décidé de traverser l’Atlantique, en souquant non pas sur des avirons mais sur des bouts, car c’est à la voile que nous projetons de partir aux Antilles. Sur un bateau de course que nous avons nommé Les Parrains Marins, pour témoigner de la joie que nous avons à te parrainer toi Phirun et un autre garçon, Phochit, le filleul d’Eric qui a 4 ans de plus que toi.
Oui, c’est à vous deux que nous dédions notre course qui durera 3 semaines au mois de mai de l’an prochain.
Pour l’instant, nous en sommes aux entraînements et nous traversons le Golfe de Gascogne pendant 3 jours.

Toi qui vis dans les rizières, imagines toi : une immensité d’eau d’un bleu aussi profond que sont pures les vertes étendues dont tu as l’habitude.
Cette nuit, la mer a été fidèle à sa réputation ici au large des Sables d’Olonne, forte, hachée, avec de telles rafales que nous avons dû changer deux fois de voile dans la nuit. Ramener les 90 m2 du grand spi quand le vent est devenu trop fort nécessite un peu d’expérience.
C’est pour cela que nous allons passer un peu de temps en mer avant de partir au grand large. Mais toi aussi, mon bon Phirun, tu as appris les techniques de la rizière avec ta Maman, je serais heureux que tu me les apprennent. Au moment où je t’écris, j’aperçois au loin le phare de Cordouan dressé au milieu d’un banc de sable. Figure toi qu’il tient son nom des habitants d’une ville d’Andalousie, Cordou, dont les habitants venaient ici en bateau, jusqu’en France vendre leur cuir.
Je te tiendrai au courant de la suite de nos aventures et attends de tes nouvelles.
Je t’embrasse.
Ton parrain, Sébastien

Lettre à Phochit #1

Cher Phochit,
Voilà la première lettre d’une longue série je l’espère, celle qui inaugure la première journée des parrains marins en mer, pour nous qualifier à la course transatlantique que nous préparons avec Sébastien depuis plusieurs mois. J’aurais tellement de choses à te raconter d’ores et déjà car ces premières heures ont été animées et mettent en évidence combien la route est encore longue avant que nous apprivoisions notre bateau. À l’heure où je t’écris le vent souffle à plus de 25 noeuds, nous faisons route vers le plateau de Rochebonne au gré des vagues que nous surfons souvent à plus de 10 noeuds. La lune est de la partie, pleine et belle. Le vent est monté au fur et à mesure nous laissant l’opportunité de tour à tour faire connaissance avec nos différentes voiles d’avant : le génois bien sûr mais aussi le code 5, sorte de spi asymétrique, et enfin le grand spi.

Je dois t’avouer que lorsqu’il faut soudainement affaler ce dernier parce que celui ci nous menace de grandes embardées appelées départ à l’abattée, il ne faut pas mollir car il y a des m2 de toile à ramener dans le cockpit du bateau, en évitant que celui-ci ne chalute dans l’eau ! Pour toi qui est issu d’une famille de pêcheur tout ceci doit te paraître limpide.
Alors nous devrons nous entraîner à l’avenir pour que ces manœuvres deviennent routines, pour qu’elles s’enchaînent avec aisance et naturel. L’humilité est de mise car l’océan oblige et impose respect. Il est impressionnant surtout de nuit, dans son immensité parfois troublée par quelques dauphins et goélands…