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Lettre à Serey #11

✍🏻 Salut Serey,


🤨 Ce matin, en faisant mon routage, j’ai eu une révélation symbolique : le routage prévoit une arrivée dans 12 jours… Et c’est notre 12e jour de course ! Nous avons fait la moitié !! Je n’arrive pas à savoir si je dois dire « déjà la moitié » ou « la moitié seulement ?? ». D’un côté, le départ, ce moment d’émotions si fortes réunissant une grande partie de nos proches venus nous souhaiter bonne chance, me paraît encore tout proche, et de l’autre, j’ai l’impression d’avoir vécu une vie entière sur ce bateau, à traverser l’infini vers une destination qu’on n’ose même pas imaginer tellement elle est lointaine. Il s’en est passé des choses en 12 jours… Nous avons traversé une tempête, avec des rafales à 45 nœuds et des creux de 4 mètres. Spectacle grandiose, déchaînement de cette puissance de l’océan, au sein de laquelle nous ne pouvons que nous sentir tous petits, bien qu’enchantés par le spectacle. Ensuite, nous avons régaté comme des fous pour atteindre, en sortie de Madère, une dernière place de podium le temps de 4 h entre deux actualisations de position, une semaine après notre départ ! Réalisation mince mais tellement inattendue qu’elle nous remplit de fierté. Ensuite, ce fut la descente aux enfers morale, bateau cloué par les algues et la molle. Deux jours de rumination et de rage. Mais tout moment de malheur connaît son pendant positif, et aussitôt libérés de nos freins biologiques, nous avons repris notre course folle et entrepris de rattraper le retard accumulé. Et nous nous en sortons bien ! Place par place, nous remontons petit à petit dans le classement, profitant de vents plus forts que prévu. La météo est belle, nous ne sortons désormais qu’en t-shirt + short la journée, mais nous couvrons encore bien la nuit. L’ambiance n’est plus qu’au plaisir, nous dormons bien, nous avançons bien, nous mangeons bien. Nous passons de plus en plus de temps à deux dehors, à parler ou à lire, là où la première semaine de course était marquée par des siestes quasi-permanentes, que nous nous sentions obligés de prendre dès qu’elles étaient possibles tellement les journées et les nuits étaient éprouvantes. Nous avons pris le rythme, nous récupérerons mieux, et ça se sent au moral !


Aujourd’hui, je suis heureux, car j’ai réalisé à quel point cette aventure réunissait les trois piliers qui composent l’équilibre que j’essaye de donner à ma vie. Engagement, dépassement de soi et amitiés.


📝L’engagement, parce que le vrai ne se révèle que dans la durée et dans la fidélité. Dans un monde où nous avons tout à portée de main, accessible immédiatement, sans le moindre effort, nous avons souvent du mal à nous engager, parce que l’engagement ne vient pas sans renoncement, et que nous voulons garder toutes les portes ouvertes. Mais l’engagement permet de traverser des murs, de prendre des chemins que l’immédiat ne voit pas, de creuser en profondeur pour atteindre le bout des choses. S’engager, c’est se battre contre le superficiel, c’est chercher la confiance de l’autre et de soi-même.


💪🏼Le dépassement de soi découle de l’engagement. J’ai remarqué que les plus grands moments de bonheur venaient souvent après les difficultés, et que c’était le chemin qui menait à ces moments qui les rendaient si heureux. La bière bien fraîche qui suit une dure journée de labeur, pour laquelle on a bavé pendant des heures sous le soleil écrasant, a mille fois plus de saveur que celle qui nous est tendue après une matinée inactive. Chercher l’effort, c’est provoquer ces moments de bonheur en acceptant de traverser les difficultés qui les précèdent. À terme, on en vient à apprécier autant le cheminement que la récompense en soit.


🩷L’amitié, car le bonheur est double lorsqu’il est partagé. Cette aventure me rappelle à quel point j’ai la chance d’avoir un entourage d’une qualité et d’un soutien sans faille. J’ai François d’abord, avec qui je partage tout depuis presque deux ans, j’ai une famille qui est d’un soutien indéfectible, que j’aime profondément, et je me rends compte par les lettres que l’on reçoit tous les jours que j'ai des amis en or, qui vibrent au gré de nos émotions, qui donnent une dimension grandiose à ce que nous vivons dans notre petit monde restreint. Partager chaque moment de bonheur et le transformer en maillon qui vient renforcer la chaîne de mes amitiés. En voilà un bel objectif, qui rejoint d’ailleurs l’engagement.


Voilà Serey, ce sont les piliers qui résument mon équilibre. Je sais que chacun a ses désirs et ses visions, et je me demande quels sont tes facteurs de bonheur, toi qui vis dans un quartier si difficile de Phnom Penh. Tu dois connaître la valeur de l’engagement et de l’effort, toi qui as choisi de persévérer dans l’éducation malgré les difficultés que la vie t’impose. Le résultat n’en sera que plus beau, et je suis fier de pouvoir y participer ! Je t’embrasse.


Ton parrain,

Vianney ⛵️


Vous aussi devenez parrains !








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