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Lettre à Serey #20

✍🏼 Salut Serey,


Ça y est, dernière journée complète à bord (si tout va bien). Je savoure cette matinée comme la dernière en mer, bien qu’elle ne le soit pas vraiment. Mais demain matin, mon esprit sera déjà à terre. Depuis que nous sommes dans les alizés, c’est mon moment préféré de la journée. L’air est frais, le soleil émerge petit à petit, mais offre quelques heures de répit avant de devenir écrasant. Il apporte sa lumière, en épargnant sa chaleur. ☀️


Le matin marque une journée de plus au compteur. Car oui, c’est peut-être bête, mais je considère qu’une journée est terminée quand le soleil se lève sur la suivante, et pas quand il se couche. Le routage du matin souligne cette étape : une journée de moins avant l’arrivée. Pendant que l’ordinateur mouline, je me prépare un café et mes immanquables œufs brouillés. Ce matin, on vide les stocks : 5 œufs d’un coup. Oui, depuis que j’ai remarqué que j’avais maigri, je boulotte. Je m’installe sur le pouf, les yeux rivés sur le soleil levant. Le ciel s’éclaircit, tiré vers le rose, mais le soleil n’est visible qu’à partir d’un point assez haut sur l’horizon. Un voile opaque, témoin de l’humidité ambiante, masque les premières minutes de son ascension. 🌅


Une vision me remplit de joie : une mouette ! Nous voyons tous les jours des petits oiseaux fins, légers, capables de planer des jours sans se poser. Mais là, c’est un spécimen plus gros, plus lourd, plus maladroit. Cette nuit, j’entendais des dauphins nous escorter, sans les voir. La faune nous montre la voie, nous encourage ! 🐬


Côté course, c’est un peu moins réjouissant. Le vent mollissant, nous avons de plus en plus de mal à suivre le rythme soutenu de nos concurrents proches, bateaux plus gros qui passent mieux la mer dans ces conditions plus légères. C’est terriblement frustrant pour moi qui suis persuadé que la force de la volonté permet de dépasser ses limites, de se pousser dans ses retranchements pour atteindre des performances que l’on n’imaginait pas. Quand on court une course à pied, les derniers kilomètres sont les témoins de cette force de la volonté, du mental. Là où le corps nous lâche, nous supplie d’arrêter, la tête prend le dessus pour trouver des ressources enfouies dans des endroits où on n’a pas l’habitude d’aller chercher. Mais là, la volonté ne suffit pas. J’ai beau avoir passé la nuit entière à régler le spi, à manier la corde à nœuds toutes les 30min (exercice assez physique), à libérer les safrans des sargasses encore plus souvent, rien n’y fait, les limites physiques du bateau ne se dépassent pas par la simple force de la volonté ! Accepter son sort, avec humilité.


Dernière journée de feu, dernière nuit de douceur

Fini la frustration, place à l’excitation

Derniers instants de contemplation, derniers moments de passion

Vers la terre, sont rivés mes yeux, mais en mer restera mon cœur.  🖋️


Ton parrain,

Vianney ⛵️


Vous aussi devenez parrains !













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