top of page
Rechercher

Lettre à Serey #4

✍🏻Salut Serey,

Ces dernières 48 h ont été le théâtre de réflexions assez brumeuses, et j’aimerais t’en faire part. Le premier sentiment fut la culpabilité. Cette tempête, moi, j’en avais rêvé, et bien que ces douze heures furent inconfortables, c’est le moins qu’on puisse dire, je n’aurais échangé ma place contre rien au monde. Voir ce déchaînement de puissance, le subir depuis son centre, c’est juste fabuleux. Ambiance déroutante de nuit, spectacle grandiose de jour. Je suis resté des heures à contempler ces houles monstrueuses déferlées à quelques mètres du bateau, traînant derrière elles des coulées couleur lagune des Bahamas. On a eu de la chance, toutes ces déferlantes se sont écrasées à côté et non pas sur nous, contrairement à nos amis du Rocher qui nous ont annoncé s’être fait inonder la cabine... Rajoutez à ça quelques dauphins qui se délectent de ce terrain de jeu… Le kitesurfer en moi les aurait bien rejoints ! Pas un moment dans ce coup de vent, ne me suis-je senti en danger. Pourtant, il a fallu plusieurs fois aller se risquer sur le pont, notamment pour aller enlever le génois qui s’était déchiré pour le remplacer par le foc de gros temps, puis y installer le tangon. Je me retrouvais alors soulevé par les vagues, à plus de 5m au-dessus du vide, avant de dévaler la pente à 15 nœuds de vitesse, projetant des gerbes d’eau plus hautes que moi debout sur le pont. Mais pas le moindre sentiment de danger, pas la moindre peur, l’excitation la surpasse. 🌊


Le drame de Philippe a rebattu les cartes. Tout de suite, je me suis senti coupable. Pour qui me prends-je à risquer ma vie ainsi ? Pourquoi est ce que je suis là, à quoi ça sert ? Deux conséquences. Déjà la peur. Je réalise pour la première fois que nous sommes dans un milieu hostile, réellement dangereux. J’ai maintenant une petite boule au ventre avant chaque manœuvre sur le pont, même maintenant que les conditions sont plus clémentes. Ensuite, remise en question totale du projet. À quoi sert cette course réellement ? Pourquoi m’y suis-aventuré ? Pour flatter mon ego ? Va-t-on vraiment aller jusqu’au bout et faire la fête à l’arrivée alors qu’un camarade s’est tué ? Je me sens coupable, car, dans le contexte si particulier dans lequel nous sommes, le ressenti principal de cet événement est celui de faire partie d’un jeu, et que nous avons tout simplement perdu un pion. Après la partie, tout redeviendra normal. C’est tout sauf rationnel, mais c’est réellement le ressenti qui se dégage. Et justement, la réflexion du sens de cette aventure cherche à dépasser le simple ressenti. Pourquoi suis-je ici ?


En recevant tous les mots de soutien de nos proches, tout prend son sens. En mer, nous sommes dans notre monde, nous avons l’impression d’être seuls, hormis les quelques concurrents que l’on croise régulièrement. Nous ne nous rendons pas compte que des gens nous suivent à terre. Je lisais à l’instant la lettre d’une amie qui nous affirmait que ce voyage l’inspirait, et l’aidait à sortir la tête de ses bouquins de médecine sur les troubles zygomatiques. Il est là le sens de cette course, et de toutes les autres d’ailleurs. On voyage pour faire voyager, pour partager.

Mais ce n’est pas suffisant. C’est un peu facile. Le vrai sens de l’engagement, il repose dans le concret. Dans mes projets, présents et futurs, je veux pouvoir répondre à la question suivante : en quoi ce projet a-t-il permis de rendre le monde meilleur qu’il ne l’était ? Car c’est ça la joie des Parrains Marins. Oui, on se met des souvenirs pleins la tête, on vit des moments forts, d’amitié, de contemplation, de résilience. Mais la vraie joie, c’est cette amie qui nous disait la veille du départ qu’elle souhaitait parrainer un enfant. C’est de voir que l’engagement perdure à travers d’autres et peut-être qu’il sauve des vies. C’est vous, futurs parrains et marraines, c’est toi Serey, qui donnez du sens à notre engagement, qui justifient qu’on se mette en difficulté, qu’on se mette un peu en danger aussi, même si promis, on fait attention. 🤍


⚓️ Petit point sur la vie à bord, on est assez contents de notre position pour l’instant, on donne tout ce que nous avons pour cette course, et ça paye parce qu’on voit dans le rétro pas mal de concurrents qui pourtant ont un bateau plus performant. Jusqu’ici, la course s’est joué sur qui gardait le spi le plus longtemps et qui le renvoyait le plus tôt dans le gros temps, et je pense qu’on n’a pas été trop mauvais là-dedans. La journée d’hier a été assez efficace, avec un bord sous spi sous 25-30 nœuds, des moyennes de vitesse que je ne connais pas, mais walou ça allait vite. Maintenant, c’est une course d’endurance dans le petit temps qui démarre. J’ai passé la journée à essayer de réparer notre génois, très peu dormi, mais ce n’est toujours pas fini, donc cette nuit, on se retrouve dans 5 à 10 nœuds de vent avec notre mini foc de gros temps, c’est très frustrant de voir que ça nous fait perdre du terrain, mais c’est le jeu. À part ça, le moral est bon, on n’a enfin plus d’essence dans les cabines donc on a pu aujourd’hui nous faire nos premiers repas chaud et mon Dieu ça fait du bien !


Merci, infiniment, à tous pour vos petits et moins petits mots, c’est un vrai bonheur de vous lire, il y a des larmes qui se perdent la fatigue aidant et ça fait du bien ! Allez, changement de quart, au dodo ! À demain, 😴


Vianney ⛵️

Vous aussi devenez parrains ! https://lnkd.in/eY4qgA7D










留言


bottom of page