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Lettre à Serey #7

✍️ Cher Serey,


Je me demande ce que je fous là. Hier, la journée commençait tellement bien. On passait Madère dans une position honorable, et les routages promettaient une traversée rapide. Je me suis conforté de ce constat et me suis dit que ça allait être facile. J’ai regardé la météo à la va-vite, j’étais rincé. Résultat des courses, je n’ai pas vu l’importance d’aller bien et vite vers le nord pour éviter une zone de môle. Aujourd’hui, c’est la douche froide. Bloqués dans cette zone, cette erreur pourrait bel et bien nous coûter deux voire trois jours, on ne sera pas à temps dans la zone qui devait nous permettre de profiter de vents forts soufflant dans la bonne direction, et qui disparaissent petit à petit, laissant les traînards comme nous cloués à l’arrière.


Les voiles battent, le bateau n’avance pas, c’est juste insupportable. J’ai envie de tout casser, et je me demande sérieusement ce que je fous là, car je me rends compte que toute la traversée va finalement être composée de vents plutôt faibles. Je regrette presque la tempête de la semaine dernière… Pour tuer le temps, François fait des mots croisés. Il bloque sur un mot, « inaction, en 8 lettres, commençant par « o ». Coup du sort ou du hasard, ce mot, je l’ai dans la tête depuis plusieurs heures, il m’obsède. Oisiveté. Je déteste l’oisiveté. Concept étrange qui revient à prendre du plaisir dans l’ennui. Est-ce un mal de ne pas accepter un tel état ? Est-ce une question de caractère ou de mode de vie ?

Dans ma vie courante, j’ai pris cette habitude de chercher à remplir tout créneau possible de temps libre par une activité, sociale, sportive, intellectuelle quelle qu'elle soit. Tous les week-ends doivent avoir un but, un projet. Pas de place pour l’oisiveté. Et j’aime cette partie de mon caractère. Ça m’a forcé à faire plein de choses nouvelles, à vivre des moments inédits, à me pousser dans mes retranchements parfois. Mais voilà que dans la pétole, je me retrouve dans une oisiveté forcée. On n’a rien à faire dans un voilier de5 mm carrés, au beau milieu de NULLE PART, quand il n’y a pas de vent. Il faut accepter l’ennui. Quel exercice Serey, quel exercice. Surtout quand tu rumines en boucle sur une mauvaise analyse faite la veille, qui va tecoûterr non seulement la course dans laquelle tu te donnes jour et nuit depuis plus d’une semaine, mais en plus qui va prolonger de plusieurs JOURS cet état même d’ennui que tu cherches à fuir. J’en ai marre. Je ne suis pas fait pour l’ennui.


Je me demande si tu connais l’ennui, toi aussi, et si c’est un luxe de riche que de pouvoir, et même de vouloir l’éviter. Plus qu’une question d’argent, je pense que c’est avant tout une question générationnelle. Avec les écrans, on n’a plus le temps de s’ennuyer, on comble facilement tout moment de trou. Si je devais trouver une vertu à l’ennui, c’est qu’il force l’introspection, le dialogue avec soi-même. Le problème des écrans, c’est qu’ils occupent l’esprit, et annihilent cette introspection. Mais n’y a-t-il pas d’autres méthodes que l’oisiveté pour parvenir au même résultat ? Les actions répétitives, sportives ou manuelles, comme aller courir ou poncer la coque d’un bateau sont mes moments d’introspection. L'oisiveté, aa-t-elle des vertus que ces derniers ne remplissent pas ? Je n’ai pas la réponse.Peut-être que je l’aurai après ces deux semaines d’enfer intérieur. On verra…Jee te dirai.


Ton parrain,

Vianney ⛵️


Vous aussi devenez parrains !









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